De pionnière à restrictive : la Thaïlande ferme 7 300 dispensaires
Publié par LEAF GOLD dans LEAF GOLD Le
13/07/2026 à 17:51
De pionnière à restrictive : la Thaïlande ferme 7 300 dispensaires
Trois ans après avoir été le premier pays d’Asie à décriminaliser le cannabis, la Thaïlande impose un retour strict au modèle médical. Plus de 7 000 dispensaires ont déjà fermé leurs portes.
Une décriminalisation historique rapidement avortée
Le 9 juin 2022, la Thaïlande devenait le premier pays d’Asie à retirer le cannabis de sa liste nationale des stupéfiants.
Cette décision historique était portée par Anutin Charnvirakul, alors ministre de la Santé et figure du parti Bhumjaithai.
Le gouvernement souhaitait transformer le cannabis en culture de rente pour les agriculteurs et positionner la Thaïlande comme un centre régional majeur du cannabis médical.
Des milliers de personnes détenues pour des infractions liées au cannabis ont été libérées le jour même de la décriminalisation.
Le retrait du cannabis de la liste des stupéfiants n’a cependant pas été accompagné d’un cadre réglementaire suffisamment détaillé.
L’industrie a connu un développement extrêmement rapide, mais largement désordonné.
Selon l’Université de la Chambre de commerce thaïlandaise, le secteur aurait atteint environ 28 milliards de bahts dès 2022.
À la fin de l’année 2025, près de 18 433 commerces étaient enregistrés dans le pays.
Des dispensaires avaient ouvert dans toutes les grandes villes et destinations touristiques, de Bangkok à Chiang Mai, en passant par Phuket et Pattaya.
Pendant cette période, aucune prescription médicale stricte n’était généralement exigée pour acheter des fleurs de cannabis.
Le gouvernement avait même distribué un million de plants gratuits aux foyers thaïlandais afin d’encourager la culture domestique.
Juin 2025 : le retour à un cadre médical strict
Le 25 juin 2025, le ministère thaïlandais de la Santé publique a publié une nouvelle réglementation dans la Gazette royale.
Le texte est entré en vigueur dès le lendemain et a reclassé le cannabis comme une « herbe contrôlée ».
La vente sans ordonnance médicale est désormais officiellement interdite.
Seuls les médecins agréés, les praticiens de médecine traditionnelle thaïlandaise et certains praticiens de médecine chinoise peuvent prescrire du cannabis.
Une prescription ne peut couvrir qu’un traitement limité à trente jours.
Les cultivateurs et exportateurs doivent respecter des normes agricoles spécifiques.
L’obtention de la certification peut nécessiter plusieurs mois.
Les dispensaires doivent transmettre des formulaires de traçabilité chaque mois.
Les cultivateurs et exportateurs doivent désormais obtenir une certification GACP, correspondant aux bonnes pratiques agricoles et de collecte.
La procédure est administrée par le Département de la médecine traditionnelle et alternative thaïlandaise.
Les dispensaires doivent également disposer de personnel médical qualifié et garantir la traçabilité complète des produits commercialisés.
La consommation dans l’espace public peut être sanctionnée par une amende maximale de 25 000 bahts et jusqu’à trois mois d’emprisonnement.
La vente en ligne, la distribution par automates et la vente à proximité des écoles ou des temples sont également interdites.
Une vague de fermetures massive
Les conséquences économiques de la réforme ont été immédiates.
Au 28 décembre 2025, 8 636 licences étaient arrivées à expiration au cours de l’année.
Seulement 1 339 licences ont été renouvelées, soit un taux de renouvellement de 15,5 %.
Au total, 7 297 commerces ont choisi de fermer définitivement.
Malgré les fermetures, environ 11 136 établissements disposaient encore d’une licence active à la fin de l’année 2025.
Les pertes d’investissement seraient importantes, notamment pour les entrepreneurs ayant financé des travaux, des stocks, du matériel, des loyers et du personnel.
Un propriétaire de dispensaire à Bangkok affirme avoir investi près d’un million de bahts dans un commerce désormais incapable de supporter le coût d’un personnel médical permanent.
Les licences déjà valides peuvent continuer à être utilisées jusqu’à leur date d’expiration.
Tout renouvellement et toute nouvelle demande doivent toutefois respecter les nouvelles exigences.
Un nouveau groupe important de commerces devra décider s’il peut se conformer au cadre médical.
La consolidation du marché devrait se poursuivre pendant plusieurs années.
Le ministre de la Santé Pattana Promphat affirme que les patients disposant d’un besoin médical continueront à accéder au cannabis via les hôpitaux et les cliniques agréées.
Des motivations sanitaires et politiques
Le gouvernement dirigé par le parti Pheu Thai justifie le durcissement réglementaire par une dégradation des indicateurs de santé publique.
Les cas déclarés auraient été multipliés par trois et demi depuis la décriminalisation.
Les cas liés à une dépendance auraient connu une augmentation encore plus forte.
Les autorités rapportent une progression comparable des troubles psychotiques.
Dans une importante destination touristique, les visites aux urgences liées au cannabis seraient passées de zéro à plus de 90 par mois.
Plus de 80 % de ces passages concerneraient des visiteurs étrangers.
Les incidents liés au cannabis ont alimenté les inquiétudes concernant l’image du pays, la sécurité des visiteurs et la pression sur les services d’urgence.
Le docteur Bandit Sorpaisan, chercheur spécialisé dans les dépendances, décrit la situation comme un exemple de décriminalisation engagée sans cadre réglementaire suffisamment clair.
Le retournement est également étroitement lié à l’évolution du rapport de force politique.
La réforme de 2022 avait été mise en œuvre à l’approche des élections législatives de 2023.
Après l’arrivée au pouvoir du parti Pheu Thai, davantage favorable à une politique restrictive, le ministre de la Santé Somsak Thepsuthin est devenu l’un des principaux architectes du changement de cap.
Un avenir plus médicalisé pour l’industrie thaïlandaise
La Thaïlande ne renonce pas complètement au cannabis.
Elle cherche désormais à recentrer son industrie sur un modèle médical, pharmaceutique et fortement contrôlé.
Les autorités privilégient les cultures répondant aux standards internationaux.
Les investissements sont orientés vers les produits médicaux à plus forte valeur ajoutée.
Les entreprises devront travailler avec des cliniques, médecins et établissements agréés.
Les produits conformes pourraient conserver un potentiel sur les marchés internationaux.
Les autorités encouragent particulièrement les investissements dans les installations de transformation répondant aux normes internationales de sécurité alimentaire et pharmaceutique.
Le marché restant sera plus restreint, mais aussi davantage professionnalisé.
Les entrepreneurs qui misaient sur un marché récréatif accessible aux touristes voient leurs perspectives fortement réduites.
Des opportunités demeurent néanmoins pour les entreprises capables d’obtenir les certifications, de recruter du personnel médical et de nouer des partenariats avec des hôpitaux.
Le cannabis thaïlandais redevient avant tout un médicament prescrit, tracé, certifié et administré dans un cadre professionnel.
Cette volte-face illustre les risques d’une libéralisation extrêmement rapide sans structure réglementaire solide.
Après une phase d’ouverture, de surchauffe et de correction, la Thaïlande s’oriente vers une consolidation comparable à celle observée dans d’autres marchés internationaux.
À retenir
7 297 dispensaires ont fermé en 2025 après l’entrée en vigueur de l’obligation de prescription médicale.
Seulement 15,5 % des licences arrivées à expiration ont été renouvelées face aux nouvelles exigences médicales et administratives.
Les autorités justifient ce retournement par une multiplication des intoxications, des addictions et des troubles psychotiques depuis 2022.
Dans cet article
La décriminalisation de 2022 Le virage médical de 2025 Les 7 297 fermetures Les raisons sanitaires L’avenir de l’industrie À retenirLa Thaïlande ne supprime pas totalement son marché du cannabis, mais écarte désormais le modèle récréatif au profit d’une industrie médicale certifiée.