Texas : les boutiques de cannabis vendent du THCP après l’interdiction du THCA
Publié par LEAF GOLD dans LEAF GOLD Le
13/07/2026 à 17:29
Texas : les boutiques de cannabis vendent du THCP après l’interdiction du THCA
Après la décision judiciaire ayant rendu illégale la vente de THCA au Texas, certaines boutiques se tournent vers le THCP, un cannabinoïde absent des règles actuellement appliquées par les autorités texanes.
Le THCP remplace le THCA dans les rayons texans
Les boutiques de cannabis du Texas proposent désormais du tétrahydrocannabiphorol, ou THCP, en remplacement des fleurs de THCA actuellement interdites dans l’État.
Molly McLaughlin, employée de la boutique Green Goddess à San Marcos, explique que le THCP constitue désormais l’une des principales options proposées depuis le retrait du THCA des rayons.
La boutique commercialise notamment ce cannabinoïde sous forme de fleurs fumables. Jusqu’ici, le THCP était principalement proposé sous forme concentrée dans des gommes ou d’autres produits comestibles.
Les ventes de THCP resteraient très inférieures à celles du THCA. De nombreux consommateurs continuent de rechercher les profils et les effets auxquels ils étaient habitués.
Selon McLaughlin, il a fallu du temps pour que la clientèle s’intéresse à cette nouvelle offre. Les consommateurs préféreraient encore largement les fleurs de THCA.
La disponibilité limitée de variétés de THCP présentées comme sativa constituerait également un frein. Une partie importante des clients recherche un effet davantage cérébral que corporel.
Cette transition fait suite à la décision prise le 26 juin 2026 par un panel de trois juges de la 15e Cour d’appel du Texas.
La cour a refusé de prolonger une injonction temporaire, permettant ainsi l’application de la réglementation qui rend les produits à forte teneur potentielle en THC total illégaux à la vente.
Le THCP n’étant pas spécifiquement mentionné dans les règles du Department of State Health Services, certaines boutiques considèrent qu’elles peuvent continuer à le commercialiser.
Une bataille juridique qui dure depuis mars 2026
En mars 2026, le Department of State Health Services a adopté une nouvelle méthode de calcul des niveaux de THC autorisés dans les produits dérivés du chanvre.
Ce calcul prend désormais en compte le delta-9 THC, mais également le THCA susceptible de se convertir en delta-9 THC lorsqu’il est chauffé.
Cette méthode dite du THC total interdit de fait une grande partie des fleurs et concentrés de chanvre fumables auparavant commercialisés au Texas.
Une juge du comté de Travis avait pourtant accordé une injonction temporaire en mai 2026. Celle-ci autorisait la poursuite de la vente de fleurs et de concentrés de chanvre.
Elle suspendait également l’application de nouveaux frais de licence beaucoup plus élevés imposés aux entreprises du secteur.
Après l’appel déposé par l’État, la 15e Cour d’appel a toutefois estimé que les nouvelles règles pouvaient rester en vigueur pendant la poursuite de la procédure judiciaire.
Les avocats du Texas Hemp Business Council et de plusieurs boutiques avaient engagé une action contre l’État dès le mois d’avril.
Ils contestaient la manière dont ces règles avaient été mises en place et demandaient que la vente du THCA reste autorisée pendant l’examen du fond de l’affaire.
Un vide juridique exploité par le THCP
David Sergi, avocat spécialisé dans le cannabis basé à San Marcos, considère que le THCP peut être vendu tant qu’il n’est pas explicitement intégré aux règles du DSHS.
Cette interprétation crée une nouvelle zone grise juridique dans un marché où les réglementations évoluent plus lentement que les produits proposés.
L’absence du THCP dans la réglementation actuelle permet sa commercialisation, mais ne garantit pas que cette situation perdurera après une future mise à jour des textes.
La Dre Katharine Neill Harris, spécialiste des politiques publiques relatives aux drogues au Baker Institute de l’université Rice, estime que les autorités texanes se sont principalement concentrées sur le THCA.
Cette focalisation aurait laissé ouvertes plusieurs zones grises dans lesquelles les entreprises cherchent de nouveaux moyens de commercialiser des produits intoxicants.
Nicole Holt, directrice générale de Texans for Safe and Drug-Free Youth, considère que la confusion réglementaire profite aux entreprises tout en créant de nouveaux défis de santé publique.
Plusieurs experts estiment que seule une loi détaillée, adoptée par la législature du Texas, permettrait de créer un cadre plus cohérent pour tous les cannabinoïdes intoxicants.
La législature avait tenté d’adopter le projet de loi du Sénat 3, mais celui-ci avait finalement été rejeté par le veto du gouverneur Greg Abbott.
Cet échec législatif a contribué au recours à des règles administratives du DSHS et à la succession actuelle de contentieux judiciaires.
Un cannabinoïde présenté comme beaucoup plus puissant
L’une des principales inquiétudes liées au THCP concerne son affinité particulièrement élevée avec certains récepteurs cannabinoïdes du cerveau.
Des travaux scientifiques indiquent qu’il pourrait se lier au récepteur CB1 avec une affinité environ trente fois supérieure à celle du delta-9 THC.
Cette donnée concerne principalement la liaison avec les récepteurs et ne permet pas à elle seule de mesurer précisément l’intensité ressentie par chaque consommateur.
Le THCP est naturellement présent dans certaines plantes de cannabis et de chanvre, mais seulement en quantités extrêmement faibles.
Pour obtenir des volumes suffisants afin de produire des gommes, des huiles ou des fleurs commercialisées sous cette appellation, les fabricants doivent généralement recourir à des procédés de concentration ou de conversion chimique.
Des résidus peuvent subsister lorsque les procédés de purification ne sont pas suffisamment maîtrisés.
Les réactions de conversion peuvent générer des composés secondaires encore peu étudiés.
La puissance potentielle du THCP augmente le risque de consommation excessive ou mal maîtrisée.
Les connaissances disponibles sur ses effets à court et long terme restent insuffisantes.
Les experts s’inquiètent notamment de la présence possible de solvants résiduels, d’acides ou d’autres sous-produits issus des procédés de fabrication.
Le Texas impose certaines obligations de tests, mais plusieurs spécialistes considèrent que le système actuel n’est pas suffisamment robuste pour garantir la composition de tous les produits mis sur le marché.
Un marché texan du chanvre en pleine incertitude
Les nouvelles règles texanes éliminent une grande partie des produits de chanvre fumables naturels et augmentent fortement les frais supportés par les entreprises.
Les professionnels estiment que ces mesures pourraient entraîner la disparition d’une part importante de leurs stocks et provoquer la fermeture de nombreuses petites boutiques.
Les frais annuels d’inscription des détaillants sont ainsi passés de 150 à 5 000 dollars par emplacement.
Pour les fabricants, les frais annuels sont passés de 250 à 10 000 dollars.
Les entreprises doivent également respecter de nouvelles obligations relatives aux emballages résistants aux enfants, à l’étiquetage, aux tests de laboratoire et à la tenue des registres.
Les produits fumables dérivés du chanvre représenteraient plus de 50 % du marché texan, selon des estimations économiques citées par le secteur.
L’interdiction des fleurs de THCA pourrait pousser une partie des consommateurs vers le marché illicite.
D’autres pourraient se reporter vers des produits qui restent autorisés, notamment les boissons, les gommes et certains produits comestibles dérivés du chanvre.
Le Texas continue également d’autoriser des produits contenant des cannabinoïdes convertis comme le delta-8 THC, le HHC ou le THCP en quantités susceptibles de provoquer une intoxication.
Cette situation illustre le paradoxe d’une réglementation qui interdit certaines fleurs de chanvre naturellement riches en THCA tout en permettant encore la vente de cannabinoïdes chimiquement transformés.
À retenir
Certaines boutiques texanes vendent désormais du THCP sous forme de fleurs après l’interdiction de la vente de THCA entrée en application le 26 juin 2026.
Le THCP n’est pas explicitement mentionné dans les règles du DSHS, ce qui crée une zone grise juridique temporairement exploitée par certains commerçants.
Son affinité avec certains récepteurs cannabinoïdes serait environ trente fois supérieure à celle du delta-9 THC, alors que ses effets et ses procédés de fabrication restent encore peu documentés.
Dans cet article
Le THCP remplace le THCA La bataille judiciaire Le vide réglementaire La puissance du THCP L’incertitude du marché À retenirL’interdiction ciblée du THCA ne supprime pas le marché des cannabinoïdes intoxicants. Elle pousse certaines boutiques vers des molécules moins connues et encore moins documentées.